Titre facile car déjà beaucoup utilisé mais c’est bien de cela qu’il s’agit. Une nouvelle recherche sur le sujet vient de publier ses premiers résultats. Les violons fabriqués par le luthier Stradivarius (Antonio Giacomo Stradivari,  1644-1737,  Crémone, Italie) sont-ils aussi exceptionnels qu’on le prétend ? Meilleurs que les violons modernes ?

La photo © CNRS PHOTOTHÈQUE/ H. RAGUET
disponible https://lejournal.cnrs.fr/diaporamas/stradivarius-la-fin-dun-mythe

En septembre 2010, une équipe dirigée par la chercheuse française Claudia Fritz, [1] chargée de recherche CNRS en acoustique musicale, faisait un comparatif entre violons anciens et de violons modernes. Cela se passait dans une chambre d’hôtel d’Indianapolis (USA). Elle avait demandé à de jeunes instrumentistes de tester à l’aveugle, deux Stradivarius, un Guarnerius et trois violons modernes. Par rapport à des idées largement répandues, la conclusion était plutôt surprenante. La plupart des musiciens avaient été incapables de distinguer les anciens des modernes, et avaient même élu un moderne comme instrument favori. Le résultat de cette étude fut publié en janvier 2012 dans Proceedings of the National Academy of Sciences. [2] Cette publication avait fait l’objet de nombreux débats, remarques, critiques. On touche avec les instruments de musique anciens et surtout des noms comme Stradivarius à une véritable institution un mythe (au moins construite mentalement). Par exemple le protocole utilisé était critiqué sur de nombreux points :

  • une chambre d’hôtel n’était pas le lieu le plus approprié pour le son d’un violon ;
  • seuls les violonistes donnait leur jugement, il n’y avait pas d’auditeurs ;
  • les violonistes jouaient uniquement en solo ;
  • etc.

Listes et réponses aux principales critiques [3] A partir de ces critiques Claudia Fritz construisait un nouveau protocole d’expérimentation d’une beaucoup plus grande ampleur qui se déroula en septembre 2012 :

  •  12 violons (6 anciens dont 5 Stradivari et 6 modernes) ;
  • 10 solistes venus du monde entier ;
  • le lieu était cette fois ci un auditorium (Cœur de Ville à Vincennes) ;
  • les instruments étaient joués en solo, avec un accompagnement de piano ;
  • un public constitué de luthiers, musiciens, critiques, audiophiles, etc. était présent dans l’auditorium sans qu’il puisse voir le violon.

Les premiers résultats (il y en aura 3) de cette recherche viennent d’être publiés et globalement confirment les résultats de l’expérience de 2010. [4] Devant l’enjeu, l’importance et l’ampleur de cette recherche , les choses ont été faites en grand avec un suivi vidéo [5] et photos. [6]

Deux articles de 2012 relatant l’expérience de 2010 :

Voilà, vous savez (presque) tout.

 


 

[1]  Page persoClaudia Fritz, http://www.lam.jussieu.fr/Membres/Fritz/HomePage/index.html

[2]  Player preferences among new and old violins
Claudia Fritz, Joseph Curtin, Jacques Poitevineau, Palmer Morrel-Samuels, and Fan-Chia Tao
Published online before print January 3, 2012, doi: 10.1073/pnas.1114999109 PNAS January 3, 2012
Résumé : http://www.pnas.org/content/early/2012/01/02/1114999109

[3] Listes et réponses aux principales critiques http://www.lam.jussieu.fr/Membres/Fritz/HomePage/Indianapolis_FAQ.html

[4] Soloist evaluations of six Old Italian and six new violins
Claudia Fritz, Joseph Curtin, Jacques Poitevineau, Hugues Borsarello, Indiana Wollman, Fan-Chia Tao, and Thierry Ghasarossian
Published online before print April 7, 2014,
doi: 10.1073/pnas.1323367111 PNAS April 7, 2014
Proceedings of the National Academy of Sciences
Résumé : http://www.pnas.org/content/early/2014/04/03/1323367111.abstract
Article complet : http://www.lam.jussieu.fr/Membres/Fritz/HomePage/Vincennes/FritzEtAl_PNAS_public.pdf

[5]   The Paris Experiment – 5 minute preview (in English) https://www.youtube.com/watch?v=tDQw0m7BmPI
2012 – The Paris Double-Blind Violin Experimen

2012 – The Paris Double-Blind Violin Experiment (in English 28′ 28″)
https://www.youtube.com/watch?v=OHXOPjI9l0I

[6]  Diaporama : https://lejournal.cnrs.fr/diaporamas/stradivarius-la-fin-dun-mythe