Musique et technologies

L’échec partiel des solutions DRM

Sommaire du bilan 2007

Dans un article essentiel « Thoughts on music » (1) daté du 6 février 2007, Steve Jobs, le patron d’Apple, faisait le point sur les difficultés observées dans le  téléchargement légal à cause des DRM (Digital Right Management). Pour résumer, le débat tourne autour de l’interopérabilité. Aujourd’hui des fichiers achetés légalement sur le site de la FNAC au format wma ne sont pas lisibles sur un baladeur iPod d’Apple. Ce sont les DRM, sorte de verrous numériques, qui empêchent  cette interopérabilité. Des tentatives avaient déjà été faites pour sortir de ce casse tête. La Fnac avait dès septembre 2006 vendu des fichiers mp3 sans DRM avec un certain succès (Aaron par exemple). L’article de Steve Jobs a rapidement eu des suites. Le 2 avril 2007, EMI signait un accord avec Apple pour publier son catalogue au format mp3 sans DRM (2).

Deux poids lourds de la distribution — Amazon et Wal-Mart — déclaraient en août vouloir lancer des plates-formes de téléchargement mais sans DRM. Depuis Amazon a signé avec Universal et EMI pour vendre une partie de leur catalogue. Warner les a rejoint en toute fin d’année, le 27 décembre (3).

L’abandon partiel des DRM a un impact direct sur les intervenants qui utilisaient des systèmes propriétaires reposant lourdement sur les DRM. C’est le cas de Sony et de sa plate-forme de téléchargement légal Connect. Pour simplifier, seuls les baladeurs de la marque Sony sont capables de lire les fichiers achetés sur cette plateforme. De plus, le site web est incompatible avec Firefox, un cauchemar pour l’internaute (4). Sony a été condamné en France pour tromperie, en ne signalant pas expressément que les fichiers achetés sur Connect n’étaient lisibles que sur des baladeurs Sony (5). Sony en a tiré les conséquences et fermera Connect en 2008 (6).

Les DRM vont-elles être abandonnées pour autant ? Pas sûr, mais dans leur forme actuelle elles sont clairement un frein au développement du téléchargement légal.

 

Sommaire du bilan 2007

 

(1) http://www.apple.com/hotnews/thoughtsonmusic/

(2) http://www.emigroup.com/Press/2007/press18.htm

(3)  http://www.walmartfacts.com/articles/5256.aspx
http://www.walmartfacts.com/FactSheets/Corporate_Facts.pdf
http://phx.corporate-ir.net/phoenix.zhtml?c=176060&p=irol-newsArticle&ID=1055053&highlight
http://phx.corporate-ir.net/phoenix.zhtml?c=176060&p=irol-newsArticle&ID=1089998&highlight=

(4) http://store.connect-europe.com/homePage.do

(5) http://www.juriscom.net/documents/tginanterre20061215.pdf

(6) http://www.lesaffaires.com/article/0/technologies/2007-08-30/463376/sony-ferme-sa-boutique-en-ligne-connect.fr.html

Le cas Radiohead

Sommaire du bilan 2007

C’est sans doute l’événement marquant de l’année 2007.

Rappelons les faits : les membres du groupe Radiohead, sans maison de disques depuis la fin de leur contrat avec Parlophone (EMI), décident de produire eux mêmes leur prochain album intitulé « In Rainbows ». Le 10 octobre 2007, l’album sortait uniquement en téléchargement (format mp3, 160 kp/s sans DRM) sur un seul site destiné à cet usage : http://www.inrainbows.com. Innovation essentielle, c’est l’internaute qui fixait lui-même le prix auquel il désirait acheter l’album composé de dix titres. Il était impossible de télécharger un titre seul. Parallèlement à ce téléchargement il était possible de pré-commander, pour une livraison à partir du 3 décembre, une Discbox contenant : 2 CD-Audio, 2 maxi vinyls et un livret. A partir du 10 décembre, il n’était plus possible de télécharger l’album car une sortie “classique” sur support CD – distribué par XL Recordings en Europe – était programmée pour le 31 décembre. Il sera également, à cette date, disponible sur les plates-formes de téléchargement légal.

Il est difficile de savoir quels sont les résultats de cette opération. Les chiffres annoncés par ComScore ayant été démentis par Radiohead (1). Ce qui semble certain pour la majorité des observateurs, c’est qu’elle a été un grand succès pour au moins trois raisons :

  1. c’était la première opération de ce type et de cette envergure ;
  2. la notoriété du groupe ;
  3. l’album est très bon (un peu d’artistique ne fera pas de mal).

Cette première expérience notable tentée, nombreux sont ceux qui ont suivi l’exemple Radiohead. Citons :

Deux enseignements à tirer de ces expériences :

  1. Qui fixe le prix ?
  2. La multiplication des vecteurs de distribution

 

Qui fixe le prix ?

On a assisté en 4 ans à un glissement complet du modèle de fixation du prix.

  • Dans le monde physique, c’est le producteur phonographique (maison de disque) qui fixe le prix de vente, c’est le modèle classique.
  • Dans le monde du téléchargement légal, c’est le distributeur qui fixe le prix de vente. C’est Apple qui a mis en place ce nouveau modèle et qui a fixé le prix, de sa propre autorité, à 0,99 dollars ou euros.
  • Dans le cas Radiohead, c’est le consommateur  qui fixe le prix.

Musique Info Hebdo du 30 novembre 2007 rapporte que pour l’album de Barbara Hendricks certains internautes ont payé 20 € alors qu’il peut être téléchargé sur l’ensemble des plates-formes de musique en ligne au tarif de 9,99 €. Cela pourrait paraître irrationnel, çà l’est. Ce qui est mis en évidence par le modèle Radiohead, c’est la relation directe entre l’artiste et l’acheteur. Ce qu’achète l’acheteur c’est du lien affectif, le prix qu’il fixe et qu’il paye c’est la force de son attachement à l’artiste, il n’y a rien de rationnel là dedans. La somme la plus importante payée pour l’album de Radiohead a sans doute été 5 000 $ payé par Trent Reznor de Nine Inch Nails comme il l’a révélé dans une interview au New York Magazine le 30 octobre (2).

Un des trois modèles va t-il l’emporter sur les autres ? Je ne le crois pas, ils vont cohabiter ce qui va rendre encore un peu plus complexe un monde déjà peu lisible. On avouera qu’il s’agit là d’un véritable bouleversement.

 

La multiplication des vecteurs de distribution

Avec Radiohead, on assiste à la mise en place d’une chronologie des sorties sur un nombre toujours plus grand de façons de publier un album :

  • Téléchargement mp3 basse qualité sur un site unique ;
  • Édition de prestige matérielle ;
  • Sortie sur CD-Audio, téléchargement sur les plates-formes légales.

 

Complément

Même s’il ne s’agit pas d’Internet, il est difficile de passer sous silence, un nouveau mode de distribution apparu en 2007 : le CD-Audio distribué gratuitement avec un journal. Trois exemples illustrent ce nouveau mode :

  1. En Angleterre, le dernier album de Prince a été distribué avec le Mail on Sunday le 14 juillet 2007 (3) ;
  2. En Belgique, c’est l’album de Sarah Bettens qui était distribué le 13 octobre 2007 avec De Morgen (4) ;
  3. Le 21 octobre 2007, c’est le Sunday Times qui distribuait le dernier album de Ray Davies (5).

 

Sommaire du bilan 2007

 

(1) http://www.comscore.com/press/release.asp?press=1883 et
http://www.mtv.com/news/articles/1573841/20071108/radiohead.jhtml

(2) http://nymag.com/daily/entertainment/2007/10/trent_reznor_and_saul_williams.html

(3) http://www.mailonsunday.co.uk/pages/live/articles/showbiz/showbiznews.html?in_article_id=466933&in_page_id=1773

(4) http://www.sarahbettens.be/news.asp

(5) http://entertainment.timesonline.co.uk/tol/arts_and_entertainment/music/article2689780.ece

Intervention La Roche-sur-Yon 15 septembre 2007

Animation grand public
Histoire de l’enregistrement du son
le samedi 15 septembre 2007 à la Médiathèque Benjamin Rabier de La Roche-sur-Yon

Les écrans de mon intervention sans photos, écoutes et animations.
Histoire de l’enregistrement du son
https://blog.formations-musique.com/interventions/roche-sur-yon-ecrans/roche-sur-yon-septembre-2007.html
Utilisez les flèches du pavé numérique pour vous déplacer dans les différents écrans.

Intervention Taverny 31 mai 2007

Journée d’étude professionnelle.
La médiathèque dématérialisée. 1 : La musique
le jeudi 31 mai 2007 à la Médiathèque Les Temps modernes de Taverny

Les écrans de mon intervention.
La musique a-t-elle encore sa place dans les médiathèques ?
https://blog.formations-musique.com/interventions/taverny-ecrans/taverny-mai-2007.html
Utilisez les fléches du pavé numérique pour vous déplacer dans les différents écrans.

La fin des supports ?

C’est évidemment LA grande question à propos de la  musique enregistrée. Cette interrogation est au cœur de toutes les discussions depuis maintenant trois ou quatre ans. Vivons-nous les dernières années des supports physiques bientôt supplantés par la circulation des fichiers numériques ? De fait, un grand nombre d’événements, de prises de positions récentes, d’innovations techniques militent en faveur de la diminution progressive mais inéluctable des supports.

La suite ->

Supports récents du son fixé

Mise à jour 25 janvier 2007

Supports récents du son fixé est un document au format pdf dont je me sers souvent dans mes formations en particulier Histoire des supports de la musique enregistrée. Il est encore perfectible mais la mise à jour sera régulière.

Son fixé signifie phonogramme (voir le billet sur la dématérialisation)
Récents signifie supports utilisés depuis 1983, date de la commercialisation du CD-Audio en France

Supports récents du son fixé

Ouverture du blog

Bonjour,

après des mois de tergiversations j’ai décidé d’ouvrir un blog. C’est en fait le complément idéal des formations que j’anime très régulièrement en France. Il me permettra de publier un certain nombre de réflexions et de documents approfondissant mes formations. Le sujet global de ce blog sera les rapports de la musique et de la technologie en général : musique et internet, les supports, musique et bibliothèques, etc. La seule raison qui retardait la création de ce blog est le temps qu’il faudra y consacrer. Je pense y publier une moyenne de 2 ou 3 billets par mois.

Bonne lecture.