L’Afrique du Sud a signé un accord avec l’INA pour numériser 555 « Dictabelts ». Il s’agit des enregistrements sonores des procès de Nelson Mandela et des leaders de l’ANC (Rivonia Trials) en 1963 et 1964.

Par un communiqué de presse daté du 20 décembre 2103, [1] l’INA annonçait un accord avec l’Afrique du Sud pour la numérisation et la restauration de 555 « Dictabelts » d’une durée maximale de 30 minutes chacun. Cette collection est inscrite au Registre Mémoire du Monde de l’UNESCO. [2]

Ces enregistrements présentent la particularité d’être fixés sur un support très particulier et  totalement obsolète : le Dictabelt. C’est la difficulté de relire ces supports et la nécessité de préserver ces enregistrements qui a conduit l’Afrique du Sud a signé cet accord avec l’INA.

 

Petit retour sur l’histoire de l’enregistrement

Afin de présenter le support Dictabelt , il faut rappeler que la 1e idée de Thomas Edison – quand il invente le phonographe en décembre 1877 –  c’est de l’utiliser pour fixer la voix (Letter writing and other forms of dictation) d’où le nom de Talking Machine. [3]

Edison avait bien prévu la possibilité d’enregistrer de la musique sur son appareil mais n’avait pas anticipé que cela deviendrait la principale utilisation d’un enregistrement. Il est vrai qu’en 1877, la qualité laissait à désirer. Pire qu’un mp3, c’est tout dire ! Cette toute 1e génération d’enregistreur ne fixait pas le son sur un cylindre mais sur une feuille d’étain recouvrant un cylindre. Après enregistrement, on retirait la feuille d’étain et on pouvait la conserver à plat. Comme on va le voir cela a un rapport avec le Dictabelt.

La marque Dictaphone [4] est déposée en 1907 par la Columbia Graphophone Company. Le nom signifie bien la destination de l’appareil. Dictaphone sera également le nom de la société fabricante en 1923. Jusqu’en 1947, Dictaphone vend des enregistreurs dont le support est un cylindre de cire.

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Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported – Auteur : Joel Mabel –  Source

Autres documents et photos sur Dictaphone.

 

Dictabelt

En 1947, le Dictabelt  remplace le cylindre en cire par un ruban de plastique que l’on pose sur un cylindre et que l’on grave. Une fois gravée, il ne peut être que lu, pas réenregistrée (Write Once –  Read Many). Cette technologie sera utilisé jusqu’au cours des années 60 où le ruban de plastique sera remplacé par de la bande magnétique (Compact Cassette et Micro Cassette). Ce sont ces modèles qui ont été utilisés pour l’enregistrement des procès de Nelson Mandela et des leaders de l’ANC (Rivonia Trials) en 1963 et 1964 et qui font l’objet de l’accord entre l’INA et l’Afrique du Sud. Cette technologie de ruban dépliable rappelle furieusement la toute 1e  invention de Thomas Edison, le phonographe et sa feuille d’étain puisque les Dictabelts sont enroulés autour d’un cylindre mais sont conservés à plat comme on le voit sur la publicité ci-dessous.

Publicité Dictabelt

Licence Creative Commons Attribution 2.0 Generic – jbcurio – Source 

Des sociétés proposent la numérisation des Dictabelts [5]

 

Un enregistrement Dictabelt célèbre

A côté des enregistrements des procès de Nelson Mandela, une autre enregistrement Dictabelt est célèbre. Le 22 novembre 1963, le microphone d’un motard de la police de Dallas (Texas) est ouvert. Les échanges entre les policiers sont enregistrés sur Dictabelt. C’est le jour de l’assassinat du président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy. La discussion est de savoir si un bruit entendu sur ce Dictabel est un coup de feu.

On peut écouter l’enregistrement ici (VLC indispensable) -> http://mcadams.posc.mu.edu/dpdtapes/
Dossier sur cet enregistrement :  http://mcadams.posc.mu.edu/scally.htm

 

Dictaphone existe toujours

La société et la marque Dictaphone appartient depuis le 8 février 2006 à la société Nuance Communications [6] qui utilise toujours le nom. Elle est spécialisée dans les dictaphones pour les professions médicales [7] (vous savez ces rapports que lit un radiologue avant de le passer à sa secrétaire – désolé pour l’allusion qui pourrait paraître sexiste mais de sont les faits statistiques).

 

L’histoire des supports est plus complexe qu’il n’y paraît

Cette histoire illustre la difficulté de conserver des machines capables des lire des supports obsolète. Pour ceux qui connaissent, le support du Dictabelt est très proche d’un autre support mais non enregistrable le Tefifon. On en parlera peut être dans un autre article.

 


 

[1] Communiqué de presse INA
http://www.institut-national-audiovisuel.fr/presse/pdf/967.pdf
[2] Registre de la Mémoire du monde
http://www.unesco.org/new/fr/communication-and-information/flagship-project-activities/memory-of-the-world/register/
Affaire pénale n° 253/1963 (l’État d’Afrique du Sud contre N. Mandela et autres)
http://www.unesco.org/new/fr/communication-and-information/flagship-project-activities/memory-of-the-world/register/full-list-of-registered-heritage/registered-heritage-page-2/criminal-court-case-no-2531963-state-versus-n-mandela-and-others/
[3] The Phonograph and Its Future. Scientific American Supplement 124 (May 18, 1878)
http://edison.rutgers.edu/NamesSearch/SingleDoc.php3?DocId=SM030027
[4] Article Wikipedia Dictaphone
http://en.wikipedia.org/wiki/Dictaphone
[5] Poppy records, société qui propose la numérisation des Dictabelts
http://www.poppyrecords.co.uk/other/Dictabelts/dictabelts.htm
Video Interchange, société qui propose la numérisation, entre autres, des Dictabelts
http://www.videointerchange.com/audio_history.htm
[6] Communiqué de presse de Nuance
http://www.nuance.com/news/pressreleases/2006/20060208_dictaphone.asp
[7]   http://www.nuance.com/for-healthcare/by-solutions/speech-recognition/dictaphone-enterprise-speech/index.htm